Exode

Exode sans fin

1

La colonne s’ébranle

à rebours du temps

Elle gravit la colline la montagne

s’essouffle     se pose     repart

 

2

Tiraillée par la nostalgie lancinante

six chaises autour d’une table le parfum d’une rose jaune

Tirée vers l’arrière

par les ombres plaintives  exténuées

 

3

Alors que l’urgence

la saisit à la nuque

 

Et la précipite

vers l’horizon

 

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Des semaines de sécheresse inhumaine

de terre assoiffée

de lèvres craquelées

 

Le bleu du ciel

tel un défi implacable

moiteur persistante

 

L’air se fait rare

chaque aube on espère

nez levé vers l’azur indifférent

 

La pluie n’est pas

à l’ordre du jour      

Colette Nys-Mazure

Semirawda

Ils sont vêtus de noir et si petits

derrière la voiture, noire aussi.

Ils se tiennent par la main

et on ne sait pas qui soutient l’autre.

 

Ils ont l’âge de ma fille.

J’aurais pu être la grand-mère de leur fils

aux sourcils noirs,

désormais toujours froncés.

La grand-mère de leur fille,

dont ils portent la photo

épinglée sur la poitrine.

 

Elle, dont il ne reste qu’une image.

Et un trou rouge dans notre histoire.

 

Semira-Mawda

Coussin-pistolet

Étouffée-abattue

Enfermée-traquée

Avion-voiture

Prostituée !-parents responsables !

Hôpital seule-hôpital seule

Morte seule-morte seule

Flics-flics

Semirawda

Elle a l’âge de ma fille et elle dit :

«  Ali et moi, nous nous aimions, mais l’oncle chez qui j’habitais depuis la mort de mes parents voulait me marier de force avec un cousin. On m’a menacée de mort. On n’avait pas d’autre choix que de partir ».

Il a l’âge de ma fille et il dit :

« Notre douleur n’est-elle pas suffisante ? Comment est-il possible qu’il y ait des gens qui nous déclarent « responsables » de la mort de notre fille ? Comment peut-on être inhumain à ce point ? »

Déclarés coupables, a priori.

D’avoir fui pour vivre.

D’avoir osé faire des enfants

sur la route de l’exil.

Responsables !

D’avoir été contraints de tout tenter

pour arrêter d’errer.

Le camion frigorifique avec leurs enfants.

Responsables !

Les mafias qui les rendraient esclaves

de l’argent dû, s’il y avait passage.

Responsables !

La camionnette, que conduira un homme encapuchonné

– trop de risques, ne pas le regarder-

jusqu’à un autre camion,

peut-être pas frigorifique

s’ils avaient de la chance.

Responsables !

Puis le bateau, dans le ventre du camion.

Ne pas sortir, ne pas respirer.

Pas pleurer les enfants, chuuut !

 

Il n’y a pas eu de camion, ni de bateau.

Ça a été la fin du voyage.

Pour Mawda, le souffle interrompu par une balle,

Pour eux, le souffle tari par trop de souffrance.

 

Après le crime est venue l’ignominie,

Le déni, le mépris, le mensonge, l’accusation.

« Même si la mort d’un enfant peut être tragique,

il faut oser mettre ici la responsabilité des parents »,

scande le chœur politique.

 

Il fallait oser, oui…

Comme il fallait oser

condamner les meurtriers de Semira

à 500 euros d’amende.

Le prix d’une vie exilée.

Le prix d’une vie noire.

Il y a vingt ans, en Europe.

 

Depuis, le cadenassage des frontières

a fait monter le cours du bois d’ébène.

 

D’autres vies noires voient leurs bras et leurs sexes

mis aux enchères en Libye.

D’autres vies noires sont marchandées

dans le désert des tortures,

Sinaï embarbelé où les hurlements des suppliciés

s’enfoncent dans le silence des dunes.

D’autres vies noires, arabes, roms, berbères, kurdes, pachtounes…

de tous ces ailleurs menaçants

qui ne sont pas l’Occident,

sont monnayées par l’Europe.

 

Coopération contre :

rétention, incarcération, répression, rançon,

violation, humiliation, exploitation, expulsion.

 

Carte blanche et libre cours

à l’inventivité des experts en suffocation

en Turquie, au Niger, au Mali, en Hongrie…

du moment que les indésirables ne franchissent pas

les territoires ethnicisés au prétexte de sécurité.

 

Et pour ceux qui les ont déjà outrepassés

– épiques dompteurs de barrières,

magistraux abuseurs de clôtures,

héroïques pourfendeurs de vagues –

les tourments d’une vie suspendue

aux décisions de Sommets, Congrès,

Commissions, Assises, Conclaves.

 

Vie ballotée au gré de décrets imposteurs,

de poignées de main internationales

et absolument démocratiques.

Qui disposeront de sa légitimité.

Qui la réduiront à des mots inventés.

Novlangue du déshumain :

illégal, clandestin, trans-migrant, sans papier…

 

Vie superflue, inutile, accessoire, trans, sans.

Vie collatérale, dont la fin programmée

servira d’avertissement

aux transgresseurs de frontières.

 

Sémira, coussin.

Mawda, pistolet.

Semirawda.

de Laurence Vanpaeschen

Chemins noirs de Serge Noël

Chemins noirs

le monde continue sans toi

il est privé de tant de choses

enfant bruyère enfant rose

étoile par-dessus les toits

 il est privé de ton sourire

quarante jours et c’est hier

qu’enfant rose et enfant bruyère

tant de choses te font mourir

 

sur les chemins noirs de l’exil

personne ne te regarda

et c’est dans la terre Mawda

 

enfin que tu trouves l’asile

qui mieux qu’un secrétaire d’Etat

peut se laver les mains de toi

Serge Noël

 

Appel à contributions

il y a déjà plus de 40 jours que Mawda Shawri a été tuée par une balle de l’état (17 mai 2018),
il y a déjà plus de 40 jours de deuil pour son frère, ses parents et sa communauté,
il y a déjà plus de 40 jours que son nom est devenu un sujet de honte et de colère,
il y a déjà plus de 40 jours que d’autres noms d’enfants, de jeunes « accompagné.e.s » ou pas, d’adultes, de personnes âgées se sont ajoutés à la trop lourde liste de victimes des politiques migratoires…

Lors du rassemblement pour Mawda devant le Palais de Justice de Bruxelles le 23 mai, des mots de soutien, des textes, des paroles ont
été collectés.

La Coordination Semira Adamu 2018 lance un appel à poèmes, à textes courts, à haïkus, à dessins, à photos, à mots de soutien … afin de les collecter pour un recueil virtuel (un blog) et/ou concret (un livret) encore augmenté durant le week-end du 22 septembre commémoration de l’assassinat de Semira Adamu (2018 – 1998) (20-23 septembre) et seront donnés à la famille de Mawda – http://www.semiraadamu2018.be/

Charte d’envoi:

– Toutes les langues sont bienvenues, avec l’idée que le texte est
bienveillant. (Une modération de la Coordination Semira Adamu interviendra en cas
de textes malveillants ou considérés violents).
– La contribution peut être anonyme ou signée sans obligation
– Il est préférable de ne pas mentionner de nom de famille,
d’adresse et toute coordonnée au moins sur le texte, le dessin, …

Vous pouvez envoyer vos contributions par mail: contributions@semiraadamu2018.be

et/ou par courrier postal
« Contributions Pour Mawda »
C/o Le Steki
4 rue Defnet,
B-1060 Bruxelles

et/ou sur la page Facebook Semira Adamu 2018:
https://www.facebook.com/SemiraAdamu2018/ [2]

Relais encouragé
Diffusion remerciée.

La Coordination Semira Adamu 2018
https://www.semiraadamu2018.be/appel-oproep/appel-version-courte

Mawda Shawri, assassinée par la police belge

Un cliché non daté montrant la petite Mawda Shawri.

Mawda Shawri, une Kurde irakienne âgée de 2 ans, a été tuée par un policier belge dans la nuit du jeudi 17 au vendredi 18 mai 2018.

La coordination Semira Adamu 2018 ainsi que de nombreuses associations, organisations et personnes individuelles se sont mobilisées lors d’un rassemblement devant le palais de justice le 23 mai et des funérailles de Mawda.

Cet appel à contributions est né de la volonté de collecter des témoignages de personnes pour les remettre à la famille de Mawda.